Grave de Julia Ducournau

grave de Julia Ducournau

Je reviens vers ce  petit bijou cinématographique: "Grave" de Julia Ducournau paru en ce début d'année (et présenté à Cannes en 2016), et sorti en DVD en juillet 2017. Un OVNI cinématographique qui a défrayé la chronique avec ses thématique et ses quelques scènes chocs.

Synopsis: Justine est ce que l'on appelle une "polarde": sérieuse, timide et bosseuse, elle est la première de la classe et un peu "tête à claque" malgré elle. Elle entre d'ailleurs à 16 ans à l'école vétérinaire de Liège, rejoindre sa grande soeur qui y est déjà, afin de poursuivre les traces de sa mère qui a également fait Véto. Outre son intelligence précoce, la particularité de Justine est qu'elle est une vraie végétarienne, comme sa mère et sa sœur. C'est dans leurs gènes...

Malgré sa contre-indication à manger de la viande, elle se retrouve à en ingurgiter lors du bizutage de l'école. C’est la première fois de sa vie. Ce dégoût et cette expérience douloureuse n'est pas sans conséquences. Justine découvre sa vraie nature.

Ma note:

Mon avis: Grave est avant tout un drame psychologique, un film d'auteur avec quelques scènes gore. Le film a été interdit au moins de 16 ans, et pourtant, les scènes de violence, de sexe et d'horreur doivent se compter sur les doigts d'une main. C'est surtout que ces scènes sont filmées de manière très crues et que l'ambiance du film nous plonge dans un climat malsain: l'étrange rituel d'un bizutage d'une école de véto et surtout la découverte des plaisirs de la chair de Justine. Le film réveille en nous notre animalité et génère un certain malaise avec l'exposition macabre et récurrente d'animaux (morts ou opérés), de ces étudiants intelligents aux comportement de décérébrés et enfin (et surtout) le trouble viscéral de Justine.
Ce malaise est amplifié par l'excellente photographie du film, une mise en scène froide et clinique. La caméra est tel un scalpel chirurgical qui dissèque la transformation de la pauvre Justine: autant dans son corps que dans son esprit. Et que dire de cette ambiance crépusculaire: grisaille, béton et noirceur. L'émancipation de ces jeunes bizuts passe par une mutation nocturne, entre chiens et loups, où chacun peut enfin montrer son vraie visage.

Ce film pourrait s'inscrire dans la filmographie de David Cronenberg avec son thème récurrent de "la nouvelle chair": à savoir l'attraction, la répulsion (voire la révulsion), la transgression, l'incarnation et la fusion corporelle (jusqu'à l'extrême) avec ce qui nous fascine, et qui fait ce que nous sommes. Pour Justine, c'est une nouvelle naissance, une nouvelle vie, et le symptôme premier d'une naissance est le démarRAGE de vivre. Sa férocité pour assouvir sa faim est viscérale. Son passage dans la vie adulte est tout simplement chaotique. Tout autour d'elle est en pleine mutation anarchique: le désordre social de la période du bizutage, sa nouvelle vie sans ses parents, sa sexualité et même jusqu'au simple fait de se nourrir.

Pour incarner le personnage de Justine, la réalisatrice a trouvé l'époustouflante Garance Marillier. Sa frêle corpulence et son regard ingénue se mue peu à peu en une féroicté animale fascinante. Elle réveille en nous notre animalité. Le rôle de la soeur de Justine, jouée par Ella Rumpf, est tout autant parfait. Son machiavélisme pour guider Justine sur sa voie est géniale et malsaine.

Enfin, ce film d'auteur avec des scènes gores a le don de déclencher en nous une animalité, une voracité insoupçonnée. On aimerait gouter au plaisir de la chair de Justine. Je me souviens très bien lors d'un dépeçage d'un chevreuil, cet étrange sentiment de fascination en scrutant cette chair fraîche, mise à nue et parfaite, où mes plus profonds instincts de carnassier ont refait surface. Le film de Julia Ducournau a le don de réveiller ces pulsions, cette envie de revivre ses 20 ans, cette période où l'on s'arrache de sa peau d'enfant par la transgression pour prendre celle d'un adulte.

Evidemment, cette œuvre maïeutique n'est pas à mettre entre toutes les mains, surtout si vous êtes végétariens.

Crédits:

  • Réalisation: Julia Ducournau
  • Pays: Belgique / France
  • Durée: 1H30
  • Acteurs Principaux:
    • Garance Marillier - Justine
    • Ella Rumpf - Alexia
    • Rabah Nait Oufella - Adrien
    • Laurent Lucas - Le père
    • Joana Preiss - La mère
  • Production: Jean des Forêts, Julie Gayet, Jean-Yves Roubin, Nadia Turincev et Cassandre Warnauts
  • Photographie: Ruben Impens
  • Musique: Jim Williams
  • Scénario: Julia Ducournau
  • La scène culte: La délectation du lechage de doigt

Trailer:

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