Alors voici une série télé qui m'a littéralement bluffé... la dernière fois que j'ai été tant captivé par le contenu et le contenant, c'était avec Breaking Bad.
Là, on retrouve un peu la même graine d'originalité: à savoir des personnages atypiques, une photographie originale, une violence hors-norme et décalée et un je-ne-sais-quoi de non conventionnel, voire même une attitude tout à fait politiquement incorrecte! Bref, après le premier coup de massue suite aux meurtres gratuits des 2 tueurs psychopathe, on s'embarque fasciné dans cette histoire hallucinante, parfois loufoque et paradoxalement très réaliste.

L'histoire tourne donc autour d'une conspiration mondiale, qui est sur le point d'arrivée à ses fins. Pour cela, ils doivent vacciner la terre entière, et l'Angleterre est le premier pays "cobaye"! Contre eux, et malgré eux, il y a donc ces 4 jeunes internautes qui découvrent peu à peu la vérité se cachant derrière cette énigmatique BD. Enfin presque, ils découvrent surtout, que des gens très hauts placés sont prêts à tout pour mettre la main dessus, et qu'ils ont donné carte blanche à ces 2 tueurs psychopathes de liquider tout ceux qui ont lu la BD, et qui savent quelque chose sur l'existence de Jessica Hyde. Bien entendu, Jessica vient aider les 4 jeunes pourchassés afin qu'ils puissent empêcher les conspirationnistes de mettre leur plan à exécution; à savoir empêcher la livraison des 70 millions de vaccins...
Cette fameuse commande rappelle étrangement l'histoire de notre cher Roselyne Bachelot et ses vaccins inefficaces, et ce n'est pas tout. Le scénario joue sur d'autres faits divers et rend ainsi fort probable cette conspiration.

L'histoire et la mise en scène sont parfaitement écrits. On en découvre plus à chaque épisode, on raccroche les pièces du puzzle mais il faut attendre les 2 derniers épisodes de la saison 1 pour voir enfin la trame générale du complot.
A chaque épisode, Dennis Kelly enfonce le clou dans le politiquement incorrect, vis-à-vis des institutions, des parents, des enfants, etc.. Par exemple, moi qui déteste généralement quand les enfants sont mis en avant comme adultes à part entière, je jubile avec le rôle du jeune Grant. Dans UTOPIA, les gamins en prennent plein la gueule et les gamins sont plein de surprises et de ressources!
Outre l'histoire, il y a surtout cette réalisation particulière, cette fameuse "british touch", proche du trash mais terriblement classe! La photo de Ole Bratt Birkeland, avec ces couleurs criardes et son esthétisme atypique rappelle les surprenantes prises de vue de Breaking Bad. On ressent une folie totalement maitrisée et saugrenue, qui pétille sous la musique de Cristobal Tapia de Veer, avec ses bruitages et ses notes musicales de jeu vidéo totalement entêtantes!
A noter que la saison 2 commence par un petit flashback en 4:3 sur la genèse du complot et un épisode de remise en route amusante. Il faut attendre le troisième épisode pour retrouver le suspense de la saison 1. Le final est haletant, même si je trouve que la dernière scène fait un petit peu trop "made in Hollywood".
Ou bien est-ce simplement que je suis accroc, et que je veux le retour d'UTOPIAau plus vite sur mon écran! Vivement la saison 3!

Je conseille à tous ceux qui veulent se mettre à cette série de la voir en VO. En effet, il ne faut surtout pas passer par ces accents anglais à couper au couteau! C'est un putain de plaisir d'écouter ces différentes intonations. Cela me rappelle la série Skins avec ce mélange d'accents et d'argots. Quel cinéaste français oserait mettre un alsacien, un toulousain, un marseillais, un breton et un versaillais dans une série?!? Il n'y a vraiment que les anglais pour faire jaillir ces différences et montrer la richesse de leur pays! Et avec 4 accents forts (Bekki, Dugdale, Arby et le jeune Grant), Dennis Kelly apporte une autre dimension à sa série, une dimension universelle, réelle et humaine.

Car outre une idée originale, il faut avouer que les personnages sont vraiment attachants. Ce gag de nom de Wilson Wilson, cette injurieuse Bekki et ses "fucking" à tout-va, la couardise de Dugdale, ce jeune tête à claque de Grant et ce lisse mais fort caractère de Ian. Sans oublier ces 2 tueurs à gages psychopathes, ces 2 nettoyeurs pied-nickelés au look surréalistes. Le gringalet pourrait être l'un des des 2 Pet Shop Boys, l'autre est un petit gros à la démarche singulière et au look négligé, qui ne sait dire que ces 4 mots: "Where is Jessica Hyde?" (si ce n'est faire parler son flingue). Ce personnage est tout simplement énorme! C'est la réussite de la série (surtout dans la saison 2)! Avec son regard fou et fourbe, son accent de gros nounours patibulaire, c'est mon personnage favori!

Pour conclure avec l'un des derniers points que je trouve excellent dans cette série, c'est cette idée démoniaque: commettre le plus grand crime de masse sans couler la moindre goutte de sang! Enfin presque évidemment, car il est vrai que l'équipe de The Network n'hésite devant rien pour éliminer tout témoin potentiel: femmes, enfants, fœtus, vieillards, tout y passe et trépasse! C'est une monstrueuse et jouissive violence gratuite.
Mais revenons à cette idée magistrale: stériliser 90% de la population, c'est tout simplement sauver la planète. Comme le dit l'un des personnages de la saison 2: procréer est l'acte le plus égoïste et destructeur envers notre planète!
Voilà enfin une idée écologique qui a du sens!

Crédits:

  • Créateur: Dennis KELLY
  • Réalisation: Marc Munden (7ep.); Alex Garcia Lopez; Wayne Yip & Samuel Donovan
  • Pays: Angleterre
  • Saison/épisodes: 2 saisons de 6 épisodes
  • Acteurs Principaux:
    • Neil MASKELL > Arby (Pietre)
    • Alexandra ROACH > Bekki
    • Nathan STEWART-JARRETT > Ian
    • Adeel AKHTAR > Wilson Wilson
    • Fiona O'SHAUGHNESSY > Jessica Hyde
    • Paul HIGGINS > Michael Dugdale
    • Oliver WOOLLFORD > Grant
    • Alistair PETRIE > Geoff
    • Geraldine JAMES > Milner
    • Stephen REA > Conrad Letts
    • Ian MCDIARMID > Anton
  • Production: Rebekah Wray Rogers
  • Photographie: Ole Bratt Birkeland
  • Musique: Cristobal Tapia de Veer
  • Scénario: Dennis Kelly et Mark Aldridge
  • La scène culte: Le massacre du magasin de BD (épisode 1, saison 1).

Quelques liens:

Trailer:


Utopia