A Dark So Deadly de Stuart MacBride

Stuart MacBride - A Dark So DeadlyStuart Macbride est un auteur écossais que je connaissais peu et son livre "A Dark So Deadly" sort des sentiers battus avec un polar crépusculaire et corrosif. A découvrir de toute urgence!

Résumé: L'inspecteur Callum MacGregor vient d'être muté dans l'équipe des tocards, la brigade des inspecteurs que la police écossaise d'Oldcastle ne veut plus. Pourquoi? Parce qu'il est soupçonné d'avoir reçu un pot-de-vin d'un truand, ou au pire, d'avoir bêtement détruit une preuve contre lui. Sa situation personnelle est également au plus bas, sa femme le quitte avec son ancien boss et on vient juste de découvrir les restes du cadavre de sa mère, disparue 25 ans plus tôt.
Déboussolé, mal-aimé et moqué de ses coéquipiers pour ses petites maladresses, le voilà en charge d'une enquête sans enjeu: retrouver d'où vient une momie millénaire; de quel musée a-t-elle été volée? Laissé à son compte sur cette étrange enquête, il découvre vite une autre momie et doute de leur ancienneté. Un serial-killer serait-il dans les parages? Et pourra-t-il mener l'enquête jusqu'au bout?

Remarque: lu en anglais
Ma note: ma note
Ma critique:...

Auteur écossais de polars révélé en 2005 avec "Cold Granite", Stuart MacBride a imaginé une grande ville écossaise, mêlant le pire de Glasgow et d'Aberdeen, pour y plonger quelques uns de ses héros. Cette ville s'appelle OldCastle et ne fait pas vraiment envie: il y pleut tout le temps (ou presque). Tout y est gris et sale, son glorieux passé a laissé place à de trop nombreuses friches industrielles et un taux de chômage inégalé. Ce bourbier est donc un vrai vivier pour le crime et les bassesses sociales...

Un héros malchanceux

Dans ce nouveau livre, il nous présente un nouveau personnage, Callum MacGregor, gendarme, qui a un don inné d'attirer la poisse . C'est un pauvre gars gentil mais un peu maladroit et l'auteur n'est pas tendre avec lui: muté suite à une affaire douteuse, le voilà malmené par 2 bambins qui lui prennent son portefeuille alors qu'il s'efforçait d'arrêter un pédophile; pédophile qui se retourne d'ailleurs contre lui pour violence policière... Placardé, il se retrouve donc sur une enquête sans intérêt: retrouver le musée d'où vient cette momie millénaire retrouvée dans une décharge.
En rentrant chez lui, il découvre sa femme (enceinte de 8 mois) avec son ancien boss et ils lui avouent une chose: ils s'aiment et il n'est pas le père de la future progéniture. Pour couronner le tout, une tête congelée vient d'être retrouvée dans un sac plastique et son ADN est dessus: le voilà démis de ses fonctions et soupçonné. Il découvre vite qu'il s'agit en fait des restes intactes de sa mère, ce qui ravive en lui sa triste jeunesse, abandonné de tous quand il avait 5 ans.
Malmené, cocu et moqué par ses collègues, rien ne semble aller comme il le faudrait, et cette affaire de momie ne lui remonte en rien le moral...

Une comédie macabre

Férocement drôle, le style de Stuart Macbride dévoile une certaine jovialité cruelle à faire subir le pire à son héros. Rien n'ira dans le bon sens et l'auteur n'y va pas de main morte. Pourtant, il ne plonge pas son lecteur dans le pathos mais dans une sidération amusante face au flegme avec lequel son héros accepte ses mésaventures. Malgré tous les tracas percutant son héros, il reste debout et continue d'avancer, d'espérer, de trouver une raison à ce qu'il fait et ce qu'il subit.
Alors que son héros a tout des clichés du flic de polar: seul, enfance perturbée, dédaigneux du travail des autres, l'auteur transforme son personnage en comédie picaresque, et vu les crimes sur lesquels il enquête, ce "Dark so deadly" devient une véritable comédie macabre.

Des crimes bien fumeux

Comme Oldcastle est la lie de l’Écosse tout entière, Stuart MacBride en profite pour en faire la capitale européenne des serial-killers. Et celui que poursuit Callum MacGregor est particulièrement retord. En effet, il kidnappe et affame ses victimes avec un régime bien sec: champignons hallucinogènes et de l'eau salé. L'enjeu est que ses victimes s'affinent et s'emplissent de sel en vue d'être fumé, tel un saumon, pour être éviscéré puis momifié, et ainsi resté immuable, avec une apparence éternelle et mystique. Et comme Oldcastle regorge de friches industrielles, dont un bon nombre d'anciennes usines de fumage de poissons, la recherche du lieu est longue et plein de péripéties.

Un deuxième serial-killer fait également rage dans la contrée, mais dans un autre temps. Il s'agit en fait du père du serial-killer qui officiait il y a plus de 30 ans que cela, kidnappant jeunes femmes en vue de trouver la femme et la mère parfaite pour le fiston... Fiston traumatisé qui plus de 30 ans plus tard se révèle un tueur en série imaginatif.
Filiation criminelle qui pourrait également être le lien avec la disparition de la mère de gendarme McGregor...

Un vrai plaisir de lecteur

Avec un pavé de plus de 600 pages écrit relativement petit, je craignais de me lasser mais ce fût un véritable plaisir coupable de découvrir cette équipe de tocards. Le personnage de Callum est fort attachant, tout comme ses collègues, entre l'odieux McAdams et ses fameux Haïkus plein d'humour, la collègue féministe Franklin et la chef de service, appelée Mother, véritable camionneuse de 38 tonnes roulant dans une vieille Fiat Panda, on se délecte de tous ces anecdotes au sein de la gendarmerie. C'est férocement drôle, la plume acerbe et tendre de l'auteur écossais est savoureuse. On ne se lasse pas de découvrir les mésaventures de ces pieds-nickelés, de ces sombres faits divers entremêlés par des crimes grand-guignolesques et une horde de serial-killer parcourant les landes écossaises.
C'est certes parfois un peu too much et assez chaotique, mais c'est fait avec tellement d'humour et de dérision que j'apprécie pleinement ce plaisir régressif. Ah je regrette vraiment de ne pas avoir découvert plus tôt cet auteur écossais. "Vieux motard que jamais", comme dirait l'autre!

Quelques liens:

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.atoma.org/atopia-v3/index.php?trackback/661

Fil des commentaires de ce billet