Sid Smith - In the Court of King Crimson

Sid Smith - In the Court of King CrimsonJe viens de terminer la biographie de King Crimson faite par Sid Smith. Une vraie bible pour les fans du groupe!

Résumé:Fondé en janvier 1969, le groupe King Crimson a marqué l'histoire du rock par une pochette mythique et par sa créativité musicale intransigeante, laissant bons nombres de ses membres sur le bas côté, évitant le succès de l'autre, et au milieu, le tant redouté Robert Fripp, guitariste de génie, qui continue de mener sa barque et son groupe vers des horizons musicaux souvent inexplorés.
Avant-garde ou réactionnaire, la musique de King Crimson n'a jamais laissé indifférente les mélomanes et a influencé bon nombre de musiciens.

C'est au travers de cette biographie que Sid Smith, journaliste freelance et écrivain pour divers magazine de rock, nous raconte la genèse et vie de ce groupe légendaire. Paru initialement en 2001, c'est en 2017, suite à la reformation du groupe, que l'auteur décida de revoir et rajouter de nouveaux chapitres pour fêter les 50 ans de ce dinosaure musical à 7 têtes, véritable groupe à part dans l'industrie musicale. Ma note: ma note
Remarque: lu en anglais
Ma critique:...

Le livre de Sid Smith est une véritable bible pour tous les fans du roi pourpre: pavé de 632 pages qui revient sur toute la vie du groupe, et plus particulièrement Robert Fripp et ses membres fondateurs. En plus des fiches biographiques sur tous les musiciens ayant participé à un album studio du groupe, cette ouvrage recense également les chroniques de tous leurs concerts entre 1969 et 2003, et une chronique sur chaque morceau de leurs albums. Ces incartades représentent donc plus du tiers du livre et vous laissent en peu moins de 400 pages sur la vie du groupe.
Je ne vais pas vous faire un résumé de leur chronologie (je vous laisse lire le résumé du Wikipedia) mais plutôt vous remonter mes impressions et surprises sur ce que je savais (déjà) du groupe.

La genèse

Outre la revue sur l'enfance de Robert Fripp et des frères Giles et comment ils se sont connus, j'ai été surpris de voir que Bournemouth était une bourgade très active du point de vue du rock: Andy Summers de The Police, ami de Robert Fripp, tout comme John Wetton et de Greg Lake. Et dans la région se sont retrouvés Richard Palmer-James (Supertramp), Judy Dyble (Fairport Convention), Darrell Sweet (Nazareth) et Andrew McCulloch. Robert Fripp et John Wetton avaient donc bon nombre de connaissances communes dans le monde de la musique avant qu'ils ne se mettent à jouer ensemble; et qu'une fois à Londres, cette diaspora du Dorset continuaient à avoir son influence.

La frénésie des débuts (69/74)

Le point marquant de ces 5 premières années est réellement la frénésie créatrice du groupe. Ayant réellement découvert King Crimson dans la deuxième partie des années 80, je ne m'étais pas rendu compte que les premiers albums étaient parus très rapprochés des uns des autres: 7 albums en moins de 5 ans! 7 albums avec des line-ups et univers musicaux radicalement différents. Le groupe écrivait et partait aussitôt en tournée, laissant peu de répits aux membres, expliquant ainsi les départs de tous les membres originels du groupe, hormis bien sûr Robert Fripp.

Un Robert Fripp difficile à appréhender, exclusivement conditionné à son travail (on apprend qu'il passait la plupart de son temps libre à faire ses gammes et arpèges) et au son qu'il voulait. Son intransigeance avaient de quoi désarçonner tous ses collègues; capable de s'enthousiasmer sur des bribes de mélodies toute simple et d'un autre côté, montrant une grande sévèrité et sans empathie aucune pour des mélodies plus travaillées. Côtoyer l'ombre du roi pourpre n'était pas chose facile et on comprend mieux cette incessante créativité ne pouvaient durer, entre l’exigence d'un Robert Fripp et la radicalité sonore que le trio (Bruford, Wetton & fripp= déployait sur scène.

La dépression post-coïtale (75/80)

Sid Smith relativise la période "dépressive" de Robert Fripp, et la met surtout comme une réaction face aux travers de l'industrie musicale. Je vous invite à lire la biographie d'Eric TAMM (Robert Fripp - from King Crimson to Guitar Craft) qui s'attarde nettement plus sur la sensation de perte de raison d'être du guitariste et sa nécessité de se retrouver, de se ressourcer. Sid Smith n'évoque pas du tout la teneur des travaux de Gurdjieff, qui bouleversa la vie du guitariste et le rendit plus intraitable à l'encontre des médias et de son public.
Quoiqu'il en soit, il est clair que Robert Fripp venait passer 6 années dans le rouge et l'ascétisme promut par John G. Bennett et de George Gurdjieff convenait parfaitement au maître à penser de King Crimson.
Mettant ainsi de côté les atermoiements spirituels du guitariste, Sid Smith met en exergue les bénéfices de la vie new-yorkaise de Robert Fripp (dont son album solo "Exposure" et ses fantastiques sessions), expériences et découvertes dans les prémisses de la new-wave et qui lui a permis d'élaborer un nouveau son, qui pour beaucoup, reste toujours en avance sur notre temps.

Le renouveau révolutionnaire (81/84)

C'est réellement la partie du livre que j'ai dévoré et lue d'une traite. La trilogie des années 80 est à mes yeux (enfin aux oreilles surtout) la meilleure de King Crimson. Ces nouveaux sons d'entrelacements complexes de guitares, le son de cette stick-bass de Tony Levin et la rythmique de Bill Bruford sur sa batterie électronique endiablent toujours mes oreilles et mon intellect. Le journaliste décrit très bien l'effervescence de cette période ainsi que son intensité, qui laissa Robert Fripp et Bill Bruford en plein désarroi à l'écriture du troisième album. Une volonté de farouche de continuer à innover, mais une impossibilité de prendre le recul nécessaire pour avancer comme il le faudrait. C'est bien dommage que cette période s’acheva aussi vite, mais que voulez-vous, ce King Crimson là était déjà trop en avance sur son temps.

L'étude du vide (85/92)

Deuxième "dépression post-coïtale" pour Robert Fripp, à la différence qu'il n'a utilisé cette période pour apprendre mais bel et bien inculquer, via la création des Crafty Guitarists avec lesquels il se concentra sur ses 2 styles de prédilections: l'excellence musicale de la guitare acoustique, et la méditation avec ses fameuses (et soporifiques) frippertronics.
Et parmi les artisans de la guitare, il découvre Trey Gunn, Markus Reuter et les membres du California Guitar Trio. Bill Rieflin, batteur de Ministry et de REM fut également un de ses disciples. Je conseille d'ailleurs vivement les albums de la League of Crafty Guitarist pour tous ceux qui adorent la guitare acoustique.

A la recherche du nouveau metal (93/2003)

Avec Trey Gunn et Pat Mastelotto (découvert pour mener la section rythmique de son duo avec David Sylvian), Robert Fripp les engagea pour imaginer une nouvelle version du Roi Pourpre, et là, en mode double trio, à savoir deux fois guitare-basses-batterie. Musicalement, c'est sûr qu'on était encore un niveau au-dessus de la formation des années 80. Du fait que j'étais déjà un fan ardu du roi pourpre, je n'ai rien appris de nouveau sur cette partie, si ce n'est de la difficulté de jouer en deux trio et de trouver un promoteur pour jouer en concert, d'où l'étrange tournée en Amérique du sud.
Même s'il y a quelques phases creuses (du fait des agendas de tournées très chargés), cette période a été riche en innovation, même si je n'avais été un grand fan des excursions sonores de la guitare synthés d'Adrian Belew, qu'il a heureusement limité aux intros. Mais quels baffes encore avec l'apport de la Warr guitar de Trey Gunn sur "ConstruKction of Light" et "The power to Believe" dans la création de ce "nuovo metal", ce son venu d'ailleurs.

Les sides projecKt (04/12)

Avec le départ de Trey Gunn et la difficulté de faire plus technique, la phase "side projeKct" n'est pas des plus passionnantes pour mes oreilles. Les divers disques sortis sous ces différents projets sont plus des jams et des impros que de vraies compositions. Seul le ProjeKct X de Pat Mastelotto est digne de ce nom avec une vraie innovation electro dans le son du groupe. Là aussi, rien de nouveau à lire, si ce n'est les retrouvailles avec les anciens membres pour les 40 ans du groupes et les versions remasterisées de Steven Wilson et des surprises qu'il a eu en découvrant certains masters.
Ces retrouvailles ont permis à Mel Collins et Robert Fripp de collaborer à nouveau, ce qui donna naissance au dernier ProjeKct "Scarcity of Miracle", avec Gavin Harrison (batteur de Porcupine Tree) et l'arrivée de Jakko Jakszyk au chant (ces 2 derniers se connaissent depuis longtemps d'ailleurs).

Les lives avec le monstre à 3 têtes (14/20)

Et c'est donc en 2014 que la nouvelle et dernière bouture de King Crimson a pris forme, avec la mise en avant des 3 batteurs: Pat Mastelotto, Bill Rieflien et Gavin Harrison! La chose surprenante est de découvrir que c'est Gavin Harrison qui est la charpente ouvrière de ce super-groupe. C'est bien Gavin et Robert Fripp qui dirigent l'adaptation des anciens morceaux du roi pourpre pour être joué avec 3 batteurs, 2 guitaristes, 1 saxo et une basse. Depuis 2014, le monstre a un peu changé, avec d'une part l'arrivée de Jérémy Stacey en lieu et place Bill Rieflin (pris sur d'autres projets) qui du coup revient de temps en temps au Mellotron et claviers.
La force de ce super-groupe est l'interprétation live, avec ses 3 batteurs en avant, et l'adaptation des vieux morceaux, ses parts d'improvisations (comme sur "Easy Money") et ses améliorations au fil des années. C'est d'ailleurs étonnant de comparer les premiers lives avec les derniers, de voir comment le groupe a élevé son niveau et continue d'évoluer vers l'excellence musicale.

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