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Publications extra-professionnelles: DVDRisk / Pointrisk         

DVDRisk et la gamme pointrisk

Le 1er juillet 2018 s'est éteint le produit DVDRisk / Pointrisk, solution d'analyse financière et marketing sur les entreprises. C'était le produit historique du groupe Altares D&B puisque sa toute première version officielle datait de 1994. Pour ma part, j'ai participé à son développement à partir de 2004 en tant que chef de projet, puis en 2006, en tant que responsable de la gamme.
Je me devais de signer son élégie, en en bonne et due forme.

DVDRisk: des datas sous DVD?

Et oui, des données sous format DVD, cela a existé jusqu'à ce milieu d'année 2018. D'une part, certains de nos clients rechignaient à sortir leurs données de leur serveurs, et d'autre part, ils préféraient avoir toute la donnée agrégée sous la main, à savoir près de 3 millions d'établissements, autant de dirigeants et plus de 11 millions de bilans, sans contrainte de bande passante ni de temps de téléchargement. Derrière le DVDRisk, il y avait également la solution on-line avec le site www.pointrisk.fr, qui reprenait les principales fonctionnalités du logiciel lourd installable par le DVD.
Concurrent direct de la solution Diane (acronyme de DIsque pour l'ANalyse Economique) de Bureau Van Djik (BvD), le DVDRisk a été le premier produit franco-français de l'ère Dun&Bradstreet en France; il a connu ses belles heures jusqu'à la bulle internet du début des années 2000, puis avec son renouveau avec la mise en place du partenariat commercial avec IDM, l'éditeur du logiciel, avec un investissement conséquent pour rester le concurrent direct du produit d'en face. Depuis 2012, la solution était en suspens, avec la mise en avant des nouvelles solutions du groupe Altares D&B.

screenshots de l'application DVDRisk: consultation données identitaires, bilans consolidés, liens capitalistiques et analyse financière

Histoire et versions de la gamme Pointrisk

La gamme a connu un parcours mouvementé avec une annonce prématurée de fin de vie dès 2001 pour être relancé en 2004 par IDM et enfin, une mise au placard après 2012.

  • Début 1993: Appel d'offre de S&W pour la création d'un CD-Rom DOS d'analyse financière. IDM, sous la houlette de Philippe Climent, fondateur de la société, propose d'en faire un produit windows (et non DOS)
  • Mi 1993: S&W est racheté par Dun&Bradstreet (nouvellement installé en France) et valide le développement du CD.
  • Janvier 1994: Première version du CD sous windows 3.1. Le produit Diane étant sorti l'année d'avant les 2 produits resteront des produits directement concurrents
  • 1996: Version avec 2 CD pour inclure les sociétés faisant - de 750M€ de CA.
  • 1998: Version 4 sous support DVD
  • 2001: D&B UK annonce à IDM que le produit s'arrêtera d'ici les 3 ans et qu'aucun nouveau développement ne sera fait d'ici là.
  • 2003: IDM signe avec D&B UK pour continuer le produit en partenariat et investi plus de 500.000€ en développement pour rattraper le retard face à Diane, le produit concurrent.
  • 2005: Version de la 1ere version online du DVDRisk (le site pointrisk), mené par mes soins (et Pierre Baillet)
  • 2006: D&B USA vend D&B France à BIL (Base Informations Légales), les 2 entités devenant Altares D&B
  • 2008: Fusion actée, le produit DDVDRisk est mis au placard par la direction commerciale
  • 2010: Malgré sa mise au frigo, l'intégration des bilans consolidés fait que le produit reste un incontournable et demeure à un CA étant aux alentours du million d'Euro, avec seulement 1 seul commercial dédié (Bravo Jean-Paul!)
  • 2011: les nouveaux produits d'Altares D&B sortent, le DAF propose de casser le partenariat en reprenant à sa charge le produit et ses hommes
  • 2012: Jean-Paul Bondelu, Philippe Lièvre et moi intégrons Altares. IDM redevient simple sous-traitant dans le traitement des données et hébergement/gestion du site pointrisk.
  • 2014: L'ancien actionnaire direct d'Ellisphère s'abonne dans la foulée au produit, le plus cadeau que l'on puisse faire au commercial partant pour sa retraite! Bravo Jean-Paul!!)
  • Mi 2016: Sans vrai développement depuis fin 2011 (à part un relookage fait en 20 minutes pour être en accord aux nouvelles couleurs d'Altares), la décision de fin de vie est (enfin) décidée en interne.
  • Mi 2018: la gamme (DVDRisk, site pointrisk et les macro excel d'analyse financière) est définitivement arrêté. Les serveurs coupés.
  • Octobre 2018: élégie
screenshot du site pointrisk: recherches, rapports, analyses

Fonctionnalités

Je ne vais pas faire une liste à la Prévert des fonctionnalités de la solution. La solution permettait autant d'identifier précisément une entreprise qu'une population d'entreprises à partir de les caractéristiques marketing possibles (zone d'implantation, activité, effectif, poids financier, indépendance ou appartenance capitalistique, tel, fonction, url, etc.) et des critères financiers détaillés (avec tous les postes de la liasse Cerfa et les calculs d'analyse financière en interrogation), soit cumulée près de 2000 critères de recherches.

L'outil permettait d'analyser finement une entreprise, tant d'un point de vue marketing (en la comparant à ses concurrents) que financier (avec un éditeur bilanciel évolué permettant d'effectuer une analyse sur 10 ans avec les agréger les bilans concurrents pour un meilleur benchmark). Avec la solution Diane, c'était la seule solution pour faire une véritable analyse financière d'une entreprise et de ses concurrents directs.

fonctions de l'appli: recherches, rapports, analyses, éditeur bilan

La solution servait donc autant à des enjeux de d'études de marché, de prospection, d'analyse du risque et de conformité avec l'identification des bénéficiaires effectifs directs).

Volumétrie

Basé sur l'univers des sociétés commerciales, la gamme Pointrisk recensait donc plus de 2,4 millions d'entreprises actives (ou fermées il y a - de 2 ans), représentant ainsi l'essentiel de l'activité économique en France, avec une multitude d'informations:
  • Plus de 580 000 établissements secondaires
  • Plus de 232 000 sites internet d'entreprises
  • Plus de 320 000 dirigeants opérationnels (en plus des 2,8 millions de dirigeants statutaires)
  • Plus de 320 000 bénéficiaires effectifs ou maisons mères
  • un taux de couverture de présence téléphone de 98,2% sur les sociétés de plus de 4 millions d'Euros de CA
  • Totalité des bilans (avec annexe) publiés avec un historique de 10 ans
  • Plus de 3 200 entreprises avec un bilan consolidé
  • Liste de tous les actes et statuts d'entreprises

Technologie

Le cœur technologique du produit date de la fin des années 90 et a duré bien plus longtemps que prévu. L'architecture modulaire a permis d'améliorer certaines briques sans remettre en cause le reste de la chaine de production et de livraison des données. La partie chaine de production reposait sur des serveurs SQL et la binarisation des données (permettant de réduire 200Go de data en 4Go) grâce à un module de Foxpro (ancêtre d'Access et du SQL!) et au savoir-faire d'IDM. IDM a d'ailleurs un des précurseurs a travaillé sous la technologie Lucene, puis sur ElasticSearch.
La virtualisation des serveurs ont permis de sécuriser l'environnement antédiluvien de Foxpro, et réduire à quelques heures une chaine de production qui mettait à ses début plus de 4 jours.

Au final, malgré une technologie vieillissante, la qualité des données et l'expérience utilisateur éprouvée et approuvée ont fait que le DVDRisk a su ainsi maintenir sa position et ralentir son déclin bien plus longtemps que nous l'espérions.
Cette longévité tient également aux personnes qui y ont travaillé et défendu ce produit sur toutes ces années. Sans eux, le produit n'aurait pas pu survivre aussi longtemps. Je les remercie encore vivement.

Partenariat éditeur, un équilibre précaire

La relation entre Altares et IDM a été faite de hauts et de bas, avec des passages difficiles vis-à-vis des nouveaux actionnaires appréciant peu que le revenu d'un produit "Vache-à-lait" échappent à leur objectif d'Ebidta.
Entre une phase initiale où IDM était un juste prestataire, puis un partenaire clé (où IDM était directement rétribué sur les ventes), puis un partenaire non désiré, et finalement un simple prestataire, j'ai pu découvrir et vivre tous les aspects de cette liaison particulière et des ressentis souvent infondées...

La mise en place d'un partenariat entre un éditeur (développeur de la solution), le licencié de la donnée (propriétaire) et le receleur (celui qui vend) est un triptyque où il toujours difficile d'avoir un équilibre clair et immuable. Idéalement, chacun de ces tiers touche son tiers du chiffre d'affaires mais c'est rarement la réalité. La rétribution dépend surtout de l'énergie à déployer selon la phase de vie du produit.

Une idée de partenariat équilibré que nous avons mis en place

Sur ces 25 années de partenariat où IDM a occupé tous les rôles, du prestataire modèle au partenaire mouton noir, la situation qui m'a parue le plus équilibrée et la plus motivante était celle de financer l'éditeur essentiellement sur les nouvelles ventes. A savoir qu'IDM était rétribué en majorité sur les nouvelles ventes, et un taux minoré sur les renouvellements.
L'effet positif est que l'éditeur est motivé à intégrer de nouvelles fonctionnalités (et de nouvelles données) favorisant ainsi l'essor des ventes. Le détenteur du contenu capitalisant son revenu dans la durée, et donc d'assurer la pérennité du contrat de partenariat.
Focalisé sur des développements et améliorations en mode Quick-Win, c'est la période la plus inventive et enrichissante de ma carrière. Conjuguer petits développements de suite efficace tout en gardant une vision sur le long terme pour financier peu à peu les investissements.

La réussite du partenariat

Avec un produit ayant vécu aussi longtemps, une technologie robuste mais obsolète, un support pas vraiment digital (le DVD), les quelques craintes sur les évolutions du système d'application Windows, et enfin les nouvelles solutions du groupe, l'annonce forcée d'une fin de vie était une crainte quotidienne.
Malgré cela, nous étions rassuré par l'intelligence ergonomique de nos solutions développées sur toutes ces années (certaines fonctionnalités me manquent beaucoup aujourd'hui pour identifier et avoir une meilleure vision sur l'entreprise), les quelques données uniques (absentes de l'univers d'Altares), et enfin par le retour client qui ont apprécié notre travail de qualité contre la paupérisation des données sur les entreprises, paupérisation qui s'est nettement accélérée par l'open-data.
La force du produit et du partenariat a surtout été humaine: persévérance, expertise et bienveillance. En premier par la qualité relationnelle avec nos clients ou nos utilisateurs, où Jean-Paul Bondelu, Philippe Lièvre et moi-même avons toujours pris en compte leurs remarques. Nous regretterons la décision de certains anciens dirigeants de ne pas avoir voulu débourser un seul copeck dans l'évolution du produit (même pour changer le n° de téléphone de la jaquette, c'est vous dire). Je remercie encore Jean-Paul, Philippe et Philippe, sans oublier nos fidèles clients sur toutes ces années, qui étaient également déçus que la solution s'arrête, et quelque part, cette relation particulière où nous avons pu échanger sur l'évolution de l'écosystème des entreprises françaises. Merci aux clients clés que je ne peux pas citer.

Remerciements

Pour conclure, voici mes remerciements
    Un produit et des hommes:
  • Philippe LIÈVRE, chef de produit historique de la version DVD et expert financier
  • Jean-paul BONDELU, commercial en chef
  • Frédéric PARESY (moi-même), responsable du produit depuis 2006.
    IDM:
  • Philippe CLIMENT, PDG d'IDM, pour sa foi immuable au produit
  • Annie DESNIER, développeur depuis le début. Encore merci pour sa rigueur pour juguler mon inventivité commerciale.
  • Stéphane DESNAULT, le premier chef de projet et porteur du contrat de partenariat avec D&B UK
  • Pierre BAILLET & David GASPARD, les développeurs ayant travaillé sur la version on-line
  • Florent LAISSARD, responsable du SAV de 2004 à 2012.
  • les équipes de Michael GUÉRIN pour avoir fait tourner la chaine de production des index
  • Alexis, Alban, Matthieu, Mathieu et Vincent pour leur interventions à des moments clés...
    Altares (et ex-Dun&Bradstreet France):
  • André DOYER, DSI dans les années 90 chez D&B France et signataire du premier contrat
  • Olivier ROBINET, pour la qualité de sa relation sur toutes ces années
  • Christophe SCALABRE, pour avoir fait revenir en douceur le produit (et ses hommes!) dans le giron d'Altares D&B
  • Thierry MILLON, responsable des études, ayant été l'un de nos fervents utilisateurs.
    Autres
  • MPO (encore merci Peggy!)
  • Clients: en premier lieu nos clients historiques, comme ces 2 grandes banques françaises, une banque anglo-saxonne, un des plus grands cabinets de conseil auprès des directions générales et tous les autres clients qui nous ont apporté leur confiance dans notre travail.

Remarques et commentaires

Si vous souhaitez mettre un commentaire, c'est sur mon blog Je préfère tout centraliser sur cette page.
Merci.