The Future Bites de Steven WILSON

Steven WILSON

The Future Bites The Future Bites (2021) ma note 

Attendu depuis plus de 6 mois avec une sortie décalée du fait de la pandémie Covid-19, Steven Wilson espérait promouvoir la sortie de son album avec sa nouvelle tournée. Il s'est donc résolu à le publier en ce début 2021, et nous a fait patienter ces derniers mois avec quelques clips et extraits de son nouvel album. Du coup, on découvre un nouvel album avec plus de la moitié des chansons déjà connus.
Il y a donc une certaine déception dans sa découverte, mais il faut apprendre à s'y faire. C'est en effet le défaut du moment où pour rentabiliser les écoutes en streaming, un artiste a tout intérêt de distiller tout un album au compte-goutte, augmentant ainsi les écoutes unitaires, et ce sur une plus longue durée. Pour limiter ma frustration, je me suis donc offert le coffret "Deluxe Box Edition" avec des inédits et un packaging vraiment bien ficelé, comme vous allez le voir...

The Futures Bites Limited Edition Deluxe Box Set

Musicalement, Steve Wilson a donc innové en étant beaucoup plus électro que progressif. Et à défaut d'un album progressif, il nous délivre un concept album, la référence de ce style qu'il délaisse. C'est donc un concept album tournant autour d'un futur proche où les GAFAM (Google/Apple/Facebook/Microsoft/etc.) ont fusionné pour devenir une seul et unique marque iconique: "The Future Bites", une marque tellement essentielle à nos yeux qu'elle nous dicte ce que l'on doit acheter et aimer. Par un très habile packaging, il met en avant le danger de "l'algorithme" et du "discours marketing" hyper personnalisé, où au final les produits proposés n'ont plus besoin d'être sophistiqué ni packagé de façon outrancière. Puisque que le consommateur est acquis, le chanteur développe l'idée que tout deviendra blanc, sans saveur, comme il (avec son groupe "Porcupine Tree") le craignait déjà dans son album "Fear of a blank planet" . C'est donc le consommateur qui est vendu à son produit: il devient le produit. Il n'a donc plus besoin de donner son avis, de désirer du regard, ni d'entendre, ni de toucher, comme le met en scène le vidéo-clip de "Personal Shopper".

Pour mettre en image ce "meilleur des mondes", le coffret avec le numéro de série "5T3V3N1L50NTH34UTURE81T35", comprend une multitudes de médias sous toutes ses formes:

  • 4 CD (dont un avec 60mn de silence, sauf sur 2 minutes)
  • Un Blu-ray pour la version audio (et les quelques vidéo-clips)
  • une cassette audio (délicatement appelé "Bonus content on obsolete media")
  • 2 posters minimalistes avec slogan (Obedience is a weapon of mass destruction / living a normal life can be a pleasurable circus)
  • un livret de 30 pages
  • un bon de garantie
  • un formulaire de satisfaction
  • des stickers vantant la marque
  • 2 planches à l'effet miroir pour l'identification de l'acheteur du produit
Packaging à la fois futile et essentiel rappelant aux heureux 5000 possesseurs et fans (dont je suis), que nous sommes tous vendus à son créateur. L'univers créé par Steven Wilson au travers de ce packaging est d'un humour noir grinçant sur notre société consumériste pilotée par les algorithmes. Il faut lire le bon de garantie, le questionnaire ainsi que les témoignages vantant les mérites de la marque. C'est très drôle et démontre notre aveuglement aux dérives du marketing digital et à ses slogans tweeterisés sans substance, qui veulent tout dire et ne rien dire du tout!
Le meilleur gag du coffret est la première affiche quand on ouvre le coffret: "Congratulations! By opening this limited edition deluxe box set you have succeeded in halving its value" (Bravo, en ouvrant ce coffret vous venez de lui faire perdre la moitié de sa valeur!). Ceci démontre bien l'ironie du consumérisme: Un produit juste déballé n'a plus de valeur!
La seule chose qui manque est d'ailleurs la carte de membre, voire même la carte de crédit factice (au logo TFB) affichée dans le livret. Livret, qui en plus des paroles et des crédits, reprend également quelques slogans à double signification, et avec la mise en avant de produits simples et sans saveurs de la marque TFB: du savon ou du liège hors de prix, des produits inconsistants mais vantés comme essentiels à ses admirateurs. Bref, une jolie dénonciation des marques de luxes, des DNVB ("Digital Native Vertical Brand", soit des marques nées en ligne et uniquement disponibles via leur site) et des produits tendances, où, ce n'est plus la valeur intrinsèque du produit qui est important, mais le sentiment d'appartenance à ce produit, à cette marque.

Dans la lignée de "To the Bone"

Fin 2019, l'éternel jeune homme avait d'ailleurs avoué d'avoir était bluffé par le phénomène Billie Eilish, parson aptitude à écrire des chansons sur des sonorités et des ambiances purement électro, une écriture allant à l'encontre de son style, essentiellement basé sur la guitare ou des mélopées de synthés (comme à ses tout début). A la fois intrigué et conquis, Steve Wilson s'est lancé dans le défi de revoir sa façon d'écrire et de composer. Pour l'aider, il a fait appel à David Kosten, un touche-à-tout en matière de musique électronique, ainsi qu'un nouveau batteur, Michael Spearman, membre des "Everything Everything", connu pour son aptitude à mélanger les sonorités électro aux percussions. Le résultat, bien que déjà éventé depuis plusieurs semaines avec la sortie prématurée de plusieurs morceaux, est sans appel: Ce "Future Bites" est une tuerie pop-rock electro.
Steven Wilson explore de nouveaux sons tout en gardant sa maîtrise et son style légendaire. Il se permet même de flirter avec un disco-funk des plus audacieux. C'est sûr que des morceaux comme "Eminent Sleaze" (débuache totale), les fans de la première heure puisse s'y perdre.
Vocalement, sa voix porte encore plus haut, et sa touche "rock" fait mouche. On est réellement à mi-chemin entre Billie Eilish et Nothing But Thieves, l'une des références de la pop-rock electro! Il a également fait appels à d'autres guest-star, dont Sir Elton John, venu pour énumérer les produits "indispensables" à toute personne sous influence...donc
Pour ceux qui découvrent Steven Wilson, vous pouvez sans hésiter passer à son précédent album (To The Bone), qui était déjà un grand hommage à la pop classieuse des années 80 (Peter Gabriel, Bowie, UZ, etc.). C'est donc tout naturellement que ce futur qui mord soit plus pop et électro que tous ses précédents disques.

Le double message de Steven Wilson

Au travers de ce packaging fort réussi, de slogans et des paroles montrant les dangers de l'économie digitale, je me demande toujours comment il faut lire le nom de l'album, soit comme le futur mord, sorte de chose promise, de "the Next Big Thing"; ou bien à l'inverse, comme un ironique futur déjà foutu ("The Future sucks", si on se réfère à l'argot américain) où l'on achète des produits pour remplir la vacuité de sa vie.
Mais une chose est sûr, c'est en écoutant ce genre d'album que l'on apprécie pleinement sa vie.

Informations sur l'album:

  • La Track-list:
    • 1: The Future Bites (CD)
      1. Unself - 1:05
      2. Self - 2:55
      3. King Ghost - 4:06
      4. 12 Things I Forgot - 4:42
      5. Eminent Sleaze - 3:52
      6. Man of the People - 4:41
      7. Personal Shopper - 9:49
      8. Follower - 4:39
      9. Count of Unease - 6:08
    • 2:The Future Bites Instrumentals (CD)
    • 3: The Future Bites Bonus Material CD
      1. Personal Shopper extended remix
      2. Unself long version
      3. Ha Bloody Ha
      4. Move like a fever
      5. King Ghost extended remix
      6. I am Cliché
      7. Wave the white flag
      8. Eminent Sleaze extended remix
      9. In pieces
      10. Every Kingdow Falls
    • 4: The Future Bites Blu-ray (DVD)
    • 5: Disc left intentionally blank (CD)
      1. Pleasure Deceives - 59:59
    • 6: Obsolete media (analogic cassette)
      1. Self
      2. Anyaone but me
      3. King Ghost
      4. Count of Unease demo
    • Line-up:
      • Voix: Steven Wilson
      • Guitares: Steven Wilson
      • Basse: Nick Beggs
      • Clavier: David Kosten & Adam Holzman
      • Batterie: Michael Spearman
      • Chœurs: Crystal Williams, Bobbie Gordon & Wendy Harriott
      • Guests: Elton John, Jason Cooper (The Cure), Richard Barbieri, Jack Flanagan
    • Informations:
      • Sortie le:  29 janvier 2021
      • Produit par: David Kosten & Steven Wilson
      • Sur le label: Burning Shed
    • Genre: Pop-Rock Electro
    • Site officiel: http://stevenwilsonhq.com/sw/
    • Spotify : The Future Bites
    • Le meilleur titre: Personal Shopper
    • Extrait en écoute:

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