Remake d'un grand classique des années 50, "La Chose d'un autre monde" (The Thing from another World) de Christian Nyby et d'Howard Hawks, The Thing vous plonge dans un univers froid (l'antarctique), paranoïaque (qui a été muté par la chose?), clos (il fait -30° dehors!) et gore (les scènes de mutations de la chose nécessite un estomac bien accroché).
A l'époque, The Thing a été echec commercial alors qu'une bonne majorité des gens s'accordent à dire que The Thing est l'un des films les plus effrayants du cinéma fantastique. Cet échec s'explique essentiellement par le fait que le film soit sorti 2 semaines après ET... l'extra-terrestre tout gentil! L'autre aspect qui sera reproché au film est le manque de discernement de la chose extra-terrestre. Au lieu d'avoir un visage comme l'Alien de Ridley Scott, la chose apparaît ici sous multiples angles: animal, humain, végétal. Elle est le mal absolu, une abjection polymorphe, elle est comme le diable qui ne se montre jamais sous son vrai visage. Elle échappe même autant aux personnages du film qu'aux spectateurs: qui est le mutant? Dès qu'un des personnages disparaît du champ de la caméra, le doute est permis, la paranoïa s'installe, le spectateur est perdu et ne sait pas si son héros (Kurt Russel) n'est finalement pas l'alien.
De plus est, les mutations de la chose sont extraordinaires, et a de quoi vous faire recracher votre hamburger (ce fût d'ailleurs l'un des rares films où les sacs à vomi disponible à l'entrée du cinéma). On est d'ailleurs surpris par la qualité des effets spéciaux alors que le film date de 1982! Certains reprocheront que John Carpenter en fait trop. C'est vrai que certaines scènes sont très gores mais c'est l'objectif du réalisateur: nous faire ressentir l'indicible, en nous aménant à toucher du doigt les limites des personnages et de leurs peurs, face à un événement fantastique.
Pour amplifier l'angoisse et la paranoïa, John Carpenter a développé une approche rationnelle face à des événements non rationnels. En effet, la base scientifique est présenté comme un monde clos, exclusivement masculin, où chacun a son domaine de compétence pour lutter contre la chose. Ils étudient les mutations de la chose d'une manière très scientifique, chirurgicale. La scène du test sanguin est une scène mythique de paranoïa la plus aigüe, et une allégorie de la maladie. On ne peut s'empêcher de rapprocher cette scène au fléau qu'est le Sida dans notre société. Qui a le virus en lui? Les personnages sont sous le feu d'une tension de promiscuité forcée qui explose à une haine caractérisée de l'individu. Le profil psychologique des protagoniste est remarquablement disséqué, voire un peu trop pour un film d'horreur.
Le film résonne comme une boucle infernale, un présent bafoué. Le chien du début, qui apporte le virus, surgit de nulle part mais où tout le récit à venir s'est déjà déroulé. La scène finale est identique: les survivants terminent nulle part mais sont sans doute porteur d'un récit qui va se renouveler. John Carpenter maîtrise ici pleinement son sujet de l'épouvante: circulation, transmission et contagion sont les fleurs du mal du cinéma fantastique.
John Carpenter dirige d'une main de maître le film où la peur et le suspense sont présents du début à la fin et ne vous lâchent pas une seconde. Kurt Russell domine quant à lui la distribution du film par une solide performance, les autres acteurs jouent pleinement leur rôle en apportant la compétence des métiers qu'ils représentent. Mais se sont les manuels qui ont les plus beaux rôles (ce qui est souvent le cas dans les films de John Carpenter), les intellectuels dans "The Thing" sont vites ceux qui pètent les plombs, qui prennent peur et préfère s'entre-tuer sans savoir si l'autre est le mal. Seul le Dr. Blair reste lucide, car c'est un médecin, ses mains sont ses outils de production, mais il finira par perdre raison.
The Thing est donc un must du cinéma fantastique et de l'épouvante.